Une « French Connection » Dans La Ligue D’Hiver Vénézuélienne

Rouen ace Yoimer Camacho est actuellement à Caracas (Credit: B. Hauger)

Le deuxième confinement aura mis un terme définitif à l’année la plus frustrante de l’histoire du baseball français. Et avec l’arrivée de l’hiver et de ses frimas dans les prochains jours, cette déjà trop longue pause (ouin !) risque de durer encore quelques mois de plus. 

Mais dans une galaxie pas si lointaine, dans un pays où le vent chaud des Caraïbes souffle dans les feuilles de palmier, la saison de baseball s’échauffe à peine. Ce pays, c’est le Venezuela et sa LVPB — la Liga Venezolana de Béisbol Profesional — une ligue professionnelle de huit équipes fière de son histoire, de ses talents et, cela vaut la peine d’être souligné, de ses liens avec la France. 

À vrai dire, le temps n’est pas non plus au beau fixe pour le beisbol vénézuélien. Comme tout le reste dans ce pays sud-américain en difficulté, la LVPB subit les effets néfastes de la crise économique et politique prolongée de la République bolivarienne. 

Historiquement, la saison hivernale du Venezuela commence au début d’octobre. Cette année, l’« Opening Day » a été reporté à fin novembre. La MLB a en outre décidé l’an dernier — sur ordre de l’administration Trump — d’interdire à ses joueurs (y compris les citoyens vénézuéliens) de participer à la Ligue d’hiver vénézuélienne, comme on l’appelle également. 

L’interdiction a depuis été levée (pour six des huit équipes de la ligue), mais maintenant, bien sûr, la LVBP est aux prises avec un tout autre défi : la pandémie de coronavirus. 

Néanmoins, la Ligue, vieille de près de 75 ans, reste un trésor national. Et pour des joueurs comme Ivan Acuña, qui est né et a grandi au Venezuela bien qu’évoluant désormais chez les Lions de Savigny, près de Paris, la LVBP reste une terre promise du baseball.

« Pour moi et pour tous les autres qui viennent de là-bas, c’est comme faire partie de la Ligue majeure de votre pays. Il n’y a pas d’autre façon de le dire : c’est un rêve devenu réalité, car c’est vraiment très dur à accomplir. Très, très dur », comme l’a expliqué le receveur de 25 ans au Baseblog lors d’une récente conversation téléphonique. 

Noël et baseball

Pour Acuña, cette opportunité de concrétiser son rêve s’est présentée l’hiver dernier, quand il a été invité à jouer avec les Bravos, sur l’île vénézuélienne de Margarita. En tant que receveur de réserve, il n’a joué que 18 matchs, frappant .216 avec huit coups sûrs en 37 présences à la batte. 

« Ça rend humble», a-t-il déclaré à propos de son expérience dans la Ligue d’hiver du Venezuela. Quelques mois auparavant, lors de sa première saison dans la division élite semi-professionnelle de France (la D1), Acuña avait atteint un incroyable .409, la meilleure moyenne de la ligue parmi les joueurs avec au moins 100 présences au bâton. 


Acuña a trouvé une place dans la ligue française de D1 (Credit: B. Witte)

Mais jouer dans la LVBP a également été une expérience fantastique pour le joueur, qui avant de venir en France a passé plusieurs années à étudier et à jouer au baseball aux États-Unis. 

« J’ai apprécié chaque minute », a ajouté Acuña. « Toute ma famille devenait dingue. Ma femme était ravie. Mes parents — ils sont aux Etats-Unis — regardaient tous les matchs qu’ils pouvaient, même s’ils savaient que j’étais un receveur de secours ». 

Le joueur de Savigny nous a confié qu’avant les matchs, lorsqu’il savait qu’il ne jouerait pas, il envoyait un SMS à ses parents pour les avertir ; mais ces derniers regardaient quand même, et à dire vrai, comme nous l’a précisé Acuña, ils auraient probablement regardé même s’il ne faisait pas partie de la Ligue… 

« Parce que, vous savez, c’est une question de culture. C’est quelque chose de traditionnel au Venezuela », a-t-il déclaré. « Une fois qu’on est en novembre et en décembre : c’est Noël et le baseball ! » 

Un trio de Huskies

Acuña, qui vit maintenant en France à plein temps, n’est pas retourné dans la Ligue d’hiver vénézuélienne cette saison, en partie à cause de l’incertitude liée au COVID. 

Mais une poignée d’autres joueurs « français » creusent leur sillon en ce moment dans la LVBP. Kender Villegas, ancien espoir des Blue Jays de Toronto qui a lancé pour l’éternel champion de D1 Rouen Huskies en 2018 (8-0, 1.38 MPM), est de retour pour sa quatrième saison consécutive avec les Bravos de Margarita. Et le lanceur Yoimer Camacho, qui a rejoint les Huskies pour leur course au titre en 2019, joue actuellement pour les Leones del Caracas.


Junior Sosa a pris un bon départ avec les Tiburones (Credit: B. Witte)

En tant qu’as de Rouen l’année dernière, Camacho a été royal lors de sa première saison en D1, réalisant un ahurissant 14-0 avec une MPM de 0.073. Avec les Leones, il endosse un rôle très différent : il est leur relais de préparation, utilisé tard dans les matchs, mais avec succès. À l’heure actuelle, il a une MPM de 2,31 en 10 apparitions.

Un troisième ancien de Rouen fait sensation au Venezuela en ce moment : le voltigeur Junior Sosa. Comme beaucoup de Vénézuéliens qui trouvent leur chemin vers la France, le natif de Caracas a été une star instantanée en D1, frappant .390 avec sept circuits et 31 points produits. Mais Sosa tient également son rang cette saison en tant que membre des Tiburones de la Guaira de LVBP. En ce moment, il bat un impressionnant .362, avec 17 coups sûrs en 14 jeux. 

A l’époque

Il s’agit du troisième passage de Sosa chez les Tiburones, une équipe au sein de laquelle résonnait autrefois — il y a de cela plus de 35 ans ! — un nom encore plus familier dans le milieu du baseball français.

Bruce Bochy est surtout connu pour son poste de skipper des Giants de San Francisco, remportant trois titres du World Series en seulement six ans (2010, 2012, 2014). Plus récemment, à la surprise de presque tout le monde dans le monde du baseball, cette légende de la MLB (né en Charente-Maritime) a accepté de diriger l’équipe de France. 


Le fils prodigue: Bruce Bochy a accepté l’année dernière d’entraîner les Bleus.

Les fans de la MLB se souviendront peut-être aussi qu’avant de devenir entraîneur, Bochy était un joueur — avec les Astros de Houston, les Mets de New York et, au milieu des années 1980, avec les Padres de San Diego. Mais ce que beaucoup ne savent peut-être pas, c’est qu’il a également joué quelques saisons au Venezuela, d’abord avec les Cardenales de Lara et plus tard, dans les hivers 1982-1983 et 1983-1984, en tant que membre des Tiburones. 

Les chiffres de Bochy n’étaient pas spectaculaires. Avec les Cardenales, il n’a battu que .203 en 21 matchs. Il a fait un peu mieux à Guaira, avec .234 et .271 au cours de ses deux saisons là-bas. Mais qu’importe, il garde d’excellents souvenirs de ses hivers au Venezuela. 

Comme Acuña, Bochy était également un receveur suppléant au Venezuela, et en mars dernier, les deux ont eu la chance de se rencontrer et de discuter un peu. L’occasion : un tournoi de qualification, à Tucson, en Arizona, pour le prochain World Baseball Classic. Il s’agissait là des premières séances d’entraînement de Bochy en tant que skipper des Bleus, et Acuña figurait au rang des 28 joueurs sélectionnés pour faire partie de l’équipe. 

Malheureusement, la pandémie COVID-19 a forcé les organisateurs à suspendre le tournoi juste avant le début des matchs. Dans les jours qui ont précédé, Bochy aura au moins eu l’occasion d’impartir aux joueurs un peu de sa science du jeu. Et pour Acuña, c’était aussi l’opportunité d’échanger des histoires sur la LVBP. 

Alors, quelles sont les aventures vénézuéliennes que Bochy garde en tête, depuis tout ce temps ? La cerveza, avant toute chose. « Il y avait une marque de bière — avec un ours blanc sur l’étiquette », se rappelle le skipper, creusant les recoins de sa mémoire en parlant à Acuña.

La star de Savigny l’a confirmé au Baseblog : la marque, Cerveza Polar, existe toujours : « Ouais, c’est une bière vénézuélienne typique », dit-il, en riant à haute voix.   

Benjamin Witte (benjawitte@gmail.com)

4 comments

  1. […] Le dernier mais non le moindre sur la liste des nouveaux Lions est le vénézuélien Alfredo Angarita, un ancien espoir des Astros de Houston qui a également une expérience récente dans la Venezuelan Winter League, aussi connue sous le nom de Liga Venezolana de Béisbol Profesional (LVPB). […]

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